Les trucages vidéos de plus en plus effrayants

Ca fait maintenant un moment déjà que l’on arrive à reproduire la voix de quelqu’un avec un logiciel de synthèse vocale1, histoire de lui faire dire des choses qu’il n’a pas dites… On arrive maintenant aussi à le mettre en image (vidéo en temps réel), et ce de manière très réaliste pour l’œil humain. Dans le milieu du Deep Video Portraits, Michael Zollhöfer est au milieu des innovations actuelles, notamment comme membre du projet HeadOn.

On a trouvé un certain nombre de vidéos sur ce sujet, plutôt inquiétant. On les partage donc avec vous :

Les « deepfakes », savant mélange de « deep learning » et de « fake news » :

Deepfake Videos Are Getting too Good :

‘HeadOn’, An AI That Transfers Torso, Head Motion, Face Expression And Eye Gaze :

Générer une vidéo de quelqu’un qui fait la même danse qu’un autre :

Bonus / Manipulation anti-vieillissement (high level !) par Rousselos Aravantinos :

Notes

1■ Article du journal « Le Monde » du 02/04/2017 « L’appli qui imite les voix »

 

Tell people !

Le type dans la pub, c’est vous !


QUOI

Etrange cette pub pour voiture, non ?

On ne comprend pas bien ce qu’elle nous vend, sinon son conducteur : jeune, beau, cool, séduisant, libre… On ne voit quasiment pas la voiture, en fait. Ni vraiment le prix, d’ailleurs. Juste le conducteur. Et si le conducteur, c’était vous ?

COMMENT

René Girard, philosophe français, met au point dans les années 60 une théorie du désir mimétique1. Dans les développements qu’il donnera à sa théorie, il expliquera un certain nombre de phénomènes de société (le désir, la jalousie, la violence, la religion etc.) par le simple besoin qu’a une personne d’imiter celles qu’il a en face de lui. René Girard a effectivement cette intuition fondamentale que l’homme cherche systématiquement à imiter l’homme, que nos comportements sont directement conditionnés par ceux de nos voisins directs. Ainsi, pour peu que l’on voie quelqu’un manger des chips, instantanément, on va se mettre à saliver ! Telle est la théorie de René Girard.

POURQUOI

Ce qui est intéressant, c’est que 30 ans plus tard, sa théorie qui, entretemps, l’a rendu célèbre, est confirmée par les neurosciences (au moins dans son principe premier). En effet, dans les années 1990, une équipe de chercheurs italiens identifie chez le singe des neurones dits « miroirs »2.

Les neurones miroirs sont des neurones moteurs, c’est-à-dire des neurones jouant un rôle dans l’activation des muscles du corps. Cependant, ce sont des neurones moteurs particuliers : ils s’activent bien sûr lorsque notre corps effectue une activité physique, mais ils sont également actifs lorsque nous nous imaginons effectuer cette activité, ou encore lorsque quelqu’un l’effectue devant nous3 ! D’où le terme de « neurone miroir » : il agit en reflet de ce que l’on voit, et de fait, nous devenons, partiellement, la personne que l’on a en face de nous lorsque nous la regardons.

Des neurones miroirs ont été observés par la suite chez l’humain en 20103.

QU’EST-CE QU’ON PEUT EN FAIRE

D’un point de vue de l’évolution, ces neurones ont bien sûr eu un effet déterminant : ils permettent l’identification à l’autre, donc la cohésion du groupe, mais également l’apprentissage, le développement d’une culture commune etc. Bref, il convient de lire René Girard ou ses élèves pour avoir un aperçu de toutes les conséquences de l’existence des neurones miroirs chez l’homme.

Mais il est un point qui nous intéresse particulièrement ici, c’est celui de la communication. Dans ce domaine, un certain nombre de problématiques sont liées aux neurones miroirs :

  • celle de la normalisation : plus il y a de personnes utilisant un produit, plus il y en aura dans l’avenir; il y a ici une application au domaine des marques ;
  • celle du choix du média : toute la thèse de McLuhan tourne autour de la manière dont les qualités techniques des médias modèlent les sociétés. Cette réflexion est étroitement liée à l’existence des neurones miroirs ;
  • celle de la publicité, que nous allons développer brièvement dans la fin de cet article.

De nos jours, il n’est plus nécessaire d’avoir quelqu’un en face de nous pour activer nos neurones miroirs : il suffit de s’installer devant notre téléviseur ! Ou de lire le journal, ou d’écouter la radio ! A notre ère connectée, nous ne sommes plus jamais vraiment seuls dans notre tête. Ce qui nous amène au domaine de la publicité. La publicité ne s’adresse jamais vraiment à votre conscience : dans la plupart des pubs, il n’est jamais question des spécificités techniques des produits qui vous sont vendus. Pour vous vendre des produits, on vous montre simplement des personnes en train de les utiliser ! Et ça marche ! D’où l’adage : « Il n’y a pas de bonne et de mauvaise publicité. Une publicité qui existe est toujours bonne. » Par les neurones miroirs, vous allez inconsciemment vivre en partie l’expérience décrite par la pub, avec toutes ses flatteries (ego, sensations, etc).

L’aspect très fort de cette possibilité, c’est que dans la nature (ou dans une société peu « technologisée »), lorsque la personne en face de vous fait quelque chose, elle le fait pour une raison très précise, et c’est donc tout naturellement que la nature a mis en place les neurones miroirs, pour que vous puissiez apprendre à reproduire les bons gestes, ceux qui permettent la survie ou le développement d’une vie saine, sans avoir à refaire les expériences (coûteuses, et parfois mortelles) de vos ancêtres ayant mis ces gestes au point.

Le truc pervers maintenant, c’est que, quand vous regardez votre écran de télé, vous n’avez pas en face de vous quelqu’un de réel, ce n’est pas une scène de la vie courante qui se déroule sous vos yeux : il s’agit d’un acteur agissant dans le simple but d’être vu par vous-mêmes, et d’induire chez vous un comportement, avant de reprendre sa vie normale, un comportement normal, qui n’aura rien à voir avec celui qu’il vous aura inculqué. Et le comportement inculqué peut évidemment n’avoir rien de louable…

Donc oui, quelque part, le type, dans la pub, c’est vous. L’ironie, c’est qu’il n’est pas lui-même !

Pour aller plus loin / Liens utile(s)

Notes

1■ Article Wikipédia sur René Girard

2■ Article Science et Avenir sur les neurones miroirs

3■ Article Wikipédia sur les neurones miroirs

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Tell people !

Construire son faux souvenir


QUOI

On peut faire se souvenir quelqu’un de quelque chose qu’il n’a pas vécu.

POURQUOI

Nous avons vu dans un autre article que l’on arrive à implanter physiquement un faux souvenir dans des cerveaux de souris1. Mais il est aussi possible de suggérer un faux souvenir suffisamment bien pour que le sujet croit avoir vécu ce qu’on lui raconte et soit même capable de se souvenir de détails qu’on ne lui a même pas suggéré.

COMMENT

Vous savez, avec un peu de persuasion, vous êtes déjà sûrement arrivé à faire croire à votre collègue Michel que Jean ne reviendrait plus bosser parce qu’il avait décidé de monter une laiterie avec une vieille connaissance, les locaux se situant à 500km du bureau. Et Jean, lorsqu’il est revenu au bureau une semaine plus tard, n’a donc pas compris pourquoi Michel lui a demandé ce qui n’avait pas marché avec la laiterie… Et tout le bureau s’est bien marré.

Eh bien, dans le même ordre d’idée, des chercheurs ont réussi à faire croire à des sujets d’expériences qu’ils avaient vécu certaines choses… qu’ils n’ont en fait pas vécu !

Au cours d’une expérience, Stephen Lindsay et son équipe sont arrivés à faire croire à 50 % des sujets qu’ils ont testé qu’ils avaient effectué un vol en montgolfière dans leur jeunesse, ce qui était faux, en leur présentant des photographies truquées2.

Pour que la greffe ait une chance de prendre, trois facteurs doivent être respectés : le souvenir doit être plausible, le sujet doit s’en construire une représentation mentale et le souvenir ne doit pas sembler être produit par un état second au moment de sa construction, mais bien par la remontée d’une information fiable3.

D’autres facteurs sont facilitateurs, par exemple l’implication émotionnelle du sujet dans le faux souvenir. Si le faux souvenir ne fait pas intervenir d’émotion particulière, il a peu de chances d’être retenu par le sujet. En revanche, s’il fait appel à des émotions chez le sujet, il a plus de chances d’être accepté par celui-ci, et, en particulier, si les émotions appelées par le souvenir sont négatives, le faux souvenir sera assez précis.

En 2008, Stephen Porter et son équipe font une expérience mettant ce phénomène en lumière4 : ils incitent un groupe de sujets à se souvenir d’évènements publics du passé, dont certains sont faux. La conclusion de l’étude est que les faux évènements positifs ou négatifs sont plus facilement acceptés que ceux n’ayant pas de « couleur émotionnelle » particulière, et que ceux ayant une connotation négative génèrent des faux souvenirs plus précis chez les sujets que ceux ayant une connotation positive. La théorie de Stephen Porter pour expliquer ce phénomène est évolutionniste : d’après lui, il est crucial pour la survie de se souvenir des évènements négatifs, qu’on les ait vécus ou qu’ils nous aient été rapportés par une source fiable. De ce fait, le cerveau est plus enclin à produire des faux souvenirs précis pour des évènements de cette nature5.

CE QU’ON PEUT EN FAIRE

La conclusion de tout cela, c’est qu’il faut se méfier de ses propres mauvais souvenirs : ce sont effectivement les moins fiables, puisque ce sont ceux que nous sommes les plus à même de nous fabriquer, si les circonstances sont réunies ! Et il faut être conscient que, forcément, nos souvenirs influant sur notre lecture du présent, il faut s’interroger sur les raisons qui nous poussent à percevoir comme « viscéralement négatifs » les évènements de notre quotidien et, de manière plus générale, de l’actualité… En espérant que cet article vous laisse un souvenir durable, à la prochaine !

 

Pour aller plus loin / Lien(s) utile(s)

Notes

 1■ Article « Des faux souvenirs dans votre cerveau »

2■ Lindsay, Ha gen, Read, Wayde, Garry, « True photographs and false memories », Psychological science, vol.15, n°3, 2004

3■ Site https://www.scienceshumaines.com/faux-souvenirs-le-poids-de-l-emotion_fr_27500.html

4■ Porter, S., Taylor, K., & ten Brinke, « Memory for media : Investigation of false memories for negatively and positively charged public events », Memory, vol.16, n°6, 2008

5■ Site PsychoTémoins, de l’Inist (CNRS), sur la recherche sur les témoignages en justice

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Tell people !

Des faux souvenirs dans votre cerveau



Saviez-vous que des scientifiques ont réussi à implanter électriquement des faux souvenirs dans des cerveaux ? Incroyable, non ? C’est pourtant vrai…

… même si pour l’instant, on ne peut heureusement faire ça que sur des cerveaux de souris ! Mais c’est déjà assez inquiétant de connaître cette porte ouverte sur la manipulation de souvenirs, nous en dirons un mot dans deux minutes.

L’expérience consiste à associer deux souvenirs distincts dans le cerveau de souris pour en créer un nouveau. Pour ce faire, les chercheurs de l’équipe du Professeur Tonegawa du MIT, ont placé des souris dans des cages, et ont analysé les zones de leur cerveau qui s’activent lors de la découverte de leur nouvel environnement.

Le lendemain, les chercheurs ont placé ces souris dans un autre endroit, tout en réactivant les cellules de leur cerveau qui avaient perçu la cage de la veille, et ont administré un léger choc électrique à ces souris.

Le surlendemain, les chercheurs ont placé à nouveau les souris dans leur cage de départ : celles-ci, reconnaissant les lieux, et se souvenant du choc électrique qui a été artificiellement associé à ce souvenir dans leur cerveau, ont adopté une attitude craintive. Alors que dans cette cage il n’y a pas, il n’y a jamais eu de choc électrique.

Vous allez me dire, mais comment font-ils pour activer des zones mémoire ?

Eh bien la méthode de réactivation des neurones utilisés fait appel à l’opto-génétique : les souris utilisées dans l’expérience sont génétiquement modifiées pour rendre leurs neurones sensibles à la lumière : ainsi, on peut les réactiver en les exposant à une source lumineuse.

Vous vous en doutez : cette expérience datant de 2013, d’autres ont été effectuées depuis. Et maintenant, non seulement on a d’autres choses, mais surtout, on a mieux !

En 2015, des chercheurs du CNRS2 ont réussi à implanter des souvenirs dans des souris durant leur sommeil, via des électrodes… Ces souris n’ont donc pas eu besoin d’être manipulées génétiquement pour subir leur traitement. Leurs résultats ont été publiés dans la revue « Nature Neuroscience », n°18, p.493-495, de l’année 20153.

Le protocole expérimental était le suivant : durant le sommeil des souris, les chercheurs ont activé les zones cérébrales actionnant le plaisir chez l’animal tout en activant certains neurones liés à la géolocalisation.


Le résultat ? On simule ainsi leur présence à un endroit précis pour leur cerveau. Le lendemain, les souris dont les souvenirs ont été manipulés se sont rendues spécifiquement aux endroits dans lesquels elles avaient des souvenirs artificiels de plaisir.

Chez NeuroHack on aime bien vous montrer les deux aspects des découvertes : le bon et le mauvais.

Le bon d’abord. Dans le cas d’une application sur l’homme (ce qu’on ne sait pas encore faire actuellement) on pourrait améliorer notre compréhension de la mémoire dans l’espoir :

  1. de guérir les troubles dus à des maladies neurodégénératives,
  2. améliorer la fiabilité des témoignages dans les affaires judiciaires,
  3. mieux gérer les chocs émotionnels post-traumatiques

Maintenant, le mauvais.

Ces techniques pourraient être de toute autre nature si on se réfère aux différentes œuvres de science-fiction traitant de ces sujets (on pense inévitablement à Inception, Total Recall, Blade Runner…). Des gens y penseront forcément le moment venu.

Rendez-vous compte que changer les souvenirs de quelqu’un, c’est rentrer dans l’intime, changer sa personnalité, manipuler ses joies et ses peurs, donc son caractère, lui faire haïr quelqu’un et apprécier quelqu’un d’autre…

En gros, des questions philosophiques vertigineuses pourront bientôt s’immiscer dans vos esprits : Suis-je bien sûr de mes souvenirs d’enfance ? De ce que j’ai fait la veille ? De qui j’aime ou qui je déteste ?… De ce que je suis en train de faire ?? Est-ce bien ma vie que je vis ? Et sinon, à quoi ressemble vraiment ma vie ?

Mais commençons par plus simple : êtes-vous bien sûr d’avoir réellement lu cet article ?

Notes

1■ http://www.lefigaro.fr/sciences/2013/08/11/01008-20130811ARTFIG00139-de-faux-souvenirs-implantes-chez-des-souris.php

2■ http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2015/03/10/chercheurs-implantent-faux-souvenirs-cerveaux-souris

3■ http://www.nature.com/neuro/journal/v18/n4/full/nn.3970.html

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