Ce qui est refusé à Raoult est permis à d’autres

Un cas d’école

[…] En deuxième lieu, nous souhaitons rappeler quelques faits marquants, non exhaustifs, concernant un autre médicament censé prévenir la survenue d’un type de cancer chez les femmes ; un cas d’école.

Un ministre de la Santé annonce son remboursement alors même que la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) n’a pas encore rendu son avis sur le rapport bénéfice/risque. Une fois rendu, l’avis de cette autorité affirme que la preuve clinique de l’efficacité de ce médicament, dans la prévention du cancer en question, n’est pas apportée et que des incertitudes demeurent ; que ce cancer a commencé à diminuer avant l’arrivée de ce médicament. Une revue indépendante confirme que cette efficacité n’est pas démontrée, qu’elle est simplement hypothétique. Ce médicament obtient pourtant l’autorisation de mise sur le marché (AMM).

Lors de la publicité faite pour ce produit, une manipulation de l’information est relevée par l’Agence française de sécurité sanitaire ; puis notée dans le Journal officiel de la République française (JORF). Cette publicité est interdite. Mais la promotion de ce produit se poursuit par d’autres moyens : certaines célébrités médicales, sociétés savantes, etc. qui oublient de signaler, au public, leurs liens et conflits d’intérêts. Parmi ces personnalités figure un pédiatre qui a déjà été condamné par la chambre de discipline de la première instance de l’Ordre des médecins (nous ignorons s’il a interjeté appel de cette décision).

L’article sur le Point.

 

Exemple de manipulation – interview BFM-WC

Je ne suis pas un soutien du Dr Raoult, qui doit être soumis à la critique comme tout autre, mais l’hystérie contre lui est devenue sidérante. Voici une très belle démonstration de tentative de manipulation par son intervieweuse (ultra idéologisée, et arrogante comme tous les gens très médiocres) :

 

Les trucages vidéos de plus en plus effrayants

Ca fait maintenant un moment déjà que l’on arrive à reproduire la voix de quelqu’un avec un logiciel de synthèse vocale1, histoire de lui faire dire des choses qu’il n’a pas dites… On arrive maintenant aussi à le mettre en image (vidéo en temps réel), et ce de manière très réaliste pour l’œil humain. Dans le milieu du Deep Video Portraits, Michael Zollhöfer est au milieu des innovations actuelles, notamment comme membre du projet HeadOn.

On a trouvé un certain nombre de vidéos sur ce sujet, plutôt inquiétant. On les partage donc avec vous :

Les « deepfakes », savant mélange de « deep learning » et de « fake news » :

Deepfake Videos Are Getting too Good :

‘HeadOn’, An AI That Transfers Torso, Head Motion, Face Expression And Eye Gaze :

Générer une vidéo de quelqu’un qui fait la même danse qu’un autre :

Bonus / Manipulation anti-vieillissement (high level !) par Rousselos Aravantinos :

Notes

1■ Article du journal « Le Monde » du 02/04/2017 « L’appli qui imite les voix »

 

Le type dans la pub, c’est vous !


QUOI

Etrange cette pub pour voiture, non ?

On ne comprend pas bien ce qu’elle nous vend, sinon son conducteur : jeune, beau, cool, séduisant, libre… On ne voit quasiment pas la voiture, en fait. Ni vraiment le prix, d’ailleurs. Juste le conducteur. Et si le conducteur, c’était vous ?

COMMENT

René Girard, philosophe français, met au point dans les années 60 une théorie du désir mimétique1. Dans les développements qu’il donnera à sa théorie, il expliquera un certain nombre de phénomènes de société (le désir, la jalousie, la violence, la religion etc.) par le simple besoin qu’a une personne d’imiter celles qu’il a en face de lui. René Girard a effectivement cette intuition fondamentale que l’homme cherche systématiquement à imiter l’homme, que nos comportements sont directement conditionnés par ceux de nos voisins directs. Ainsi, pour peu que l’on voie quelqu’un manger des chips, instantanément, on va se mettre à saliver ! Telle est la théorie de René Girard.

POURQUOI

Ce qui est intéressant, c’est que 30 ans plus tard, sa théorie qui, entretemps, l’a rendu célèbre, est confirmée par les neurosciences (au moins dans son principe premier). En effet, dans les années 1990, une équipe de chercheurs italiens identifie chez le singe des neurones dits « miroirs »2.

Les neurones miroirs sont des neurones moteurs, c’est-à-dire des neurones jouant un rôle dans l’activation des muscles du corps. Cependant, ce sont des neurones moteurs particuliers : ils s’activent bien sûr lorsque notre corps effectue une activité physique, mais ils sont également actifs lorsque nous nous imaginons effectuer cette activité, ou encore lorsque quelqu’un l’effectue devant nous3 ! D’où le terme de « neurone miroir » : il agit en reflet de ce que l’on voit, et de fait, nous devenons, partiellement, la personne que l’on a en face de nous lorsque nous la regardons.

Des neurones miroirs ont été observés par la suite chez l’humain en 20103.

QU’EST-CE QU’ON PEUT EN FAIRE

D’un point de vue de l’évolution, ces neurones ont bien sûr eu un effet déterminant : ils permettent l’identification à l’autre, donc la cohésion du groupe, mais également l’apprentissage, le développement d’une culture commune etc. Bref, il convient de lire René Girard ou ses élèves pour avoir un aperçu de toutes les conséquences de l’existence des neurones miroirs chez l’homme.

Mais il est un point qui nous intéresse particulièrement ici, c’est celui de la communication. Dans ce domaine, un certain nombre de problématiques sont liées aux neurones miroirs :

  • celle de la normalisation : plus il y a de personnes utilisant un produit, plus il y en aura dans l’avenir; il y a ici une application au domaine des marques ;
  • celle du choix du média : toute la thèse de McLuhan tourne autour de la manière dont les qualités techniques des médias modèlent les sociétés. Cette réflexion est étroitement liée à l’existence des neurones miroirs ;
  • celle de la publicité, que nous allons développer brièvement dans la fin de cet article.

De nos jours, il n’est plus nécessaire d’avoir quelqu’un en face de nous pour activer nos neurones miroirs : il suffit de s’installer devant notre téléviseur ! Ou de lire le journal, ou d’écouter la radio ! A notre ère connectée, nous ne sommes plus jamais vraiment seuls dans notre tête. Ce qui nous amène au domaine de la publicité. La publicité ne s’adresse jamais vraiment à votre conscience : dans la plupart des pubs, il n’est jamais question des spécificités techniques des produits qui vous sont vendus. Pour vous vendre des produits, on vous montre simplement des personnes en train de les utiliser ! Et ça marche ! D’où l’adage : « Il n’y a pas de bonne et de mauvaise publicité. Une publicité qui existe est toujours bonne. » Par les neurones miroirs, vous allez inconsciemment vivre en partie l’expérience décrite par la pub, avec toutes ses flatteries (ego, sensations, etc).

L’aspect très fort de cette possibilité, c’est que dans la nature (ou dans une société peu « technologisée »), lorsque la personne en face de vous fait quelque chose, elle le fait pour une raison très précise, et c’est donc tout naturellement que la nature a mis en place les neurones miroirs, pour que vous puissiez apprendre à reproduire les bons gestes, ceux qui permettent la survie ou le développement d’une vie saine, sans avoir à refaire les expériences (coûteuses, et parfois mortelles) de vos ancêtres ayant mis ces gestes au point.

Le truc pervers maintenant, c’est que, quand vous regardez votre écran de télé, vous n’avez pas en face de vous quelqu’un de réel, ce n’est pas une scène de la vie courante qui se déroule sous vos yeux : il s’agit d’un acteur agissant dans le simple but d’être vu par vous-mêmes, et d’induire chez vous un comportement, avant de reprendre sa vie normale, un comportement normal, qui n’aura rien à voir avec celui qu’il vous aura inculqué. Et le comportement inculqué peut évidemment n’avoir rien de louable…

Donc oui, quelque part, le type, dans la pub, c’est vous. L’ironie, c’est qu’il n’est pas lui-même !

Pour aller plus loin / Liens utile(s)

Notes

1■ Article Wikipédia sur René Girard

2■ Article Science et Avenir sur les neurones miroirs

3■ Article Wikipédia sur les neurones miroirs

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Construire son faux souvenir


QUOI

On peut faire se souvenir quelqu’un de quelque chose qu’il n’a pas vécu.

POURQUOI

Nous avons vu dans un autre article que l’on arrive à implanter physiquement un faux souvenir dans des cerveaux de souris1. Mais il est aussi possible de suggérer un faux souvenir suffisamment bien pour que le sujet croit avoir vécu ce qu’on lui raconte et soit même capable de se souvenir de détails qu’on ne lui a même pas suggéré.

COMMENT

Vous savez, avec un peu de persuasion, vous êtes déjà sûrement arrivé à faire croire à votre collègue Michel que Jean ne reviendrait plus bosser parce qu’il avait décidé de monter une laiterie avec une vieille connaissance, les locaux se situant à 500km du bureau. Et Jean, lorsqu’il est revenu au bureau une semaine plus tard, n’a donc pas compris pourquoi Michel lui a demandé ce qui n’avait pas marché avec la laiterie… Et tout le bureau s’est bien marré.

Eh bien, dans le même ordre d’idée, des chercheurs ont réussi à faire croire à des sujets d’expériences qu’ils avaient vécu certaines choses… qu’ils n’ont en fait pas vécu !

Au cours d’une expérience, Stephen Lindsay et son équipe sont arrivés à faire croire à 50 % des sujets qu’ils ont testé qu’ils avaient effectué un vol en montgolfière dans leur jeunesse, ce qui était faux, en leur présentant des photographies truquées2.

Pour que la greffe ait une chance de prendre, trois facteurs doivent être respectés : le souvenir doit être plausible, le sujet doit s’en construire une représentation mentale et le souvenir ne doit pas sembler être produit par un état second au moment de sa construction, mais bien par la remontée d’une information fiable3.

D’autres facteurs sont facilitateurs, par exemple l’implication émotionnelle du sujet dans le faux souvenir. Si le faux souvenir ne fait pas intervenir d’émotion particulière, il a peu de chances d’être retenu par le sujet. En revanche, s’il fait appel à des émotions chez le sujet, il a plus de chances d’être accepté par celui-ci, et, en particulier, si les émotions appelées par le souvenir sont négatives, le faux souvenir sera assez précis.

En 2008, Stephen Porter et son équipe font une expérience mettant ce phénomène en lumière4 : ils incitent un groupe de sujets à se souvenir d’évènements publics du passé, dont certains sont faux. La conclusion de l’étude est que les faux évènements positifs ou négatifs sont plus facilement acceptés que ceux n’ayant pas de « couleur émotionnelle » particulière, et que ceux ayant une connotation négative génèrent des faux souvenirs plus précis chez les sujets que ceux ayant une connotation positive. La théorie de Stephen Porter pour expliquer ce phénomène est évolutionniste : d’après lui, il est crucial pour la survie de se souvenir des évènements négatifs, qu’on les ait vécus ou qu’ils nous aient été rapportés par une source fiable. De ce fait, le cerveau est plus enclin à produire des faux souvenirs précis pour des évènements de cette nature5.

CE QU’ON PEUT EN FAIRE

La conclusion de tout cela, c’est qu’il faut se méfier de ses propres mauvais souvenirs : ce sont effectivement les moins fiables, puisque ce sont ceux que nous sommes les plus à même de nous fabriquer, si les circonstances sont réunies ! Et il faut être conscient que, forcément, nos souvenirs influant sur notre lecture du présent, il faut s’interroger sur les raisons qui nous poussent à percevoir comme « viscéralement négatifs » les évènements de notre quotidien et, de manière plus générale, de l’actualité… En espérant que cet article vous laisse un souvenir durable, à la prochaine !

 

Pour aller plus loin / Lien(s) utile(s)

Notes

 1■ Article « Des faux souvenirs dans votre cerveau »

2■ Lindsay, Ha gen, Read, Wayde, Garry, « True photographs and false memories », Psychological science, vol.15, n°3, 2004

3■ Site https://www.scienceshumaines.com/faux-souvenirs-le-poids-de-l-emotion_fr_27500.html

4■ Porter, S., Taylor, K., & ten Brinke, « Memory for media : Investigation of false memories for negatively and positively charged public events », Memory, vol.16, n°6, 2008

5■ Site PsychoTémoins, de l’Inist (CNRS), sur la recherche sur les témoignages en justice

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