De la testostérone dans vos dépenses !

Les résultats d’une étude1 menée par Gideon Nave, professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, ont montré que le taux de testostérone influait sur les achats des hommes2.

L’hypothèse de départ, confirmée par les résultats de l’étude, c’est que le mâle qui sommeille en nous cherche d’une part à attirer l’œil des femelles alentours (un peu comme l’oiseau qui revêt son plus beau plumage pour se faire repérer par l’oiselle) et d’autre part à décourager ses concurrents potentiels, c’est-à-dire les autres mâles qui circulent dans le même secteur… Vous savez, un peu comme les chiens qui lèvent la patte pour uriner le plus haut possible, histoire de faire croire aux autres qu’ils sont très grand et donc très costaud !

 

Eh bien, l’idée, c’est que chez l’homme, la marque des produits qu’il arbore joue un peu ce rôle.

L’idée de l’étude est assez directe : des produits de même qualité mais de marques au prestige différent ont été proposé à un groupe de 243 hommes âgés de 18 à 55 ans, la moitié ayant préalablement reçu une dose de testostérone, l’autre une dose de placebo. Et, devinez quoi, les hommes qui ont pris une dose de testostérone ont été plus sensibles à la marque que les autres !

Bon, ensuite, l’expérience est bien sûr plus fine que ça (le niveau de prestige de la marque a été évalué en amont de l’expérience par un sondage, on a contrôlé la salive des participants pour voir si d’autres hormones n’influaient pas sur les tests, on leur a interdit d’avoir un contact avec une femme juste avant l’examen etc.).

C’est quand même un résultat remarquable, non ? En tout cas, il nous aide à mieux comprendre les pubs pour les parfums ou les voitures qui, plutôt que de nous parler du produit, préfèrent nous faire voir des images qui font monter notre taux de testostérone dans le sang !

Aller plus loin

Notes

1■ Article n°2433 paru dans Nature Communications, n°9, « Single-dose testosterone administration increases men’s preference for status goods« , publié le 3 juillet 2018

2■ Article Stratégies, « Testostérone rimerait avec achat premium » du 04/07/2018

 

Les trucages vidéos de plus en plus effrayants

Ca fait maintenant un moment déjà que l’on arrive à reproduire la voix de quelqu’un avec un logiciel de synthèse vocale1, histoire de lui faire dire des choses qu’il n’a pas dites… On arrive maintenant aussi à le mettre en image (vidéo en temps réel), et ce de manière très réaliste pour l’œil humain. Dans le milieu du Deep Video Portraits, Michael Zollhöfer est au milieu des innovations actuelles, notamment comme membre du projet HeadOn.

On a trouvé un certain nombre de vidéos sur ce sujet, plutôt inquiétant. On les partage donc avec vous :

Les « deepfakes », savant mélange de « deep learning » et de « fake news » :

Deepfake Videos Are Getting too Good :

‘HeadOn’, An AI That Transfers Torso, Head Motion, Face Expression And Eye Gaze :

Générer une vidéo de quelqu’un qui fait la même danse qu’un autre :

Bonus / Manipulation anti-vieillissement (high level !) par Rousselos Aravantinos :

Notes

1■ Article du journal « Le Monde » du 02/04/2017 « L’appli qui imite les voix »

 

Faites des médicaments à base de cannabis légaux, disent les conseillers médicaux du Royaume-Uni

 

Les docteurs au Royaume-Uni devraient pouvoir prescrire la médecine dérivée de cannabis, ont recommandé les conseillers médicaux en chef du gouvernement, frayant la voie pour un assouplissement des lois donnant l’accès à la substance.

Le cannabis est classé comme un médicament classe 1, signifiant qu’il est pensé pour n’avoir aucune valeur thérapeutique et ne peut pas être légalement possédé ou prescrit. Il peut être utilisé dans les buts de recherche mais une licence du Ministère de l’Intérieur est nécessaire.

« À présent, les produits dérivés de cannabis peuvent varier grandement dans leur composition, leur efficacité et le niveau d’impureté. Il est important que les cliniciens, les patients et leurs familles soient confiants que toute médication prescrite est sûre et efficace. »

L’ACMD a chargé le Ministère de la Santé de rédiger une définition claire des produits potentiels utilisables en médecine, ainsi que de procéder rapidement à des tests de ces produits dérivés à grande échelle en milieu hospitalier.

Lire l’article complet sur TheGuardian

Petite encyclopédie du cannabis :

 

L’addiction aux jeux vidéo : une maladie reconnue par l’OMS !

 

 

Comme le rapporte le journal du geek1, un nouveau jalon a été posé dans le débat concernant santé et jeux vidéo. En effet, l’OMS a inscrit l’addiction aux jeux vidéo sur sa liste des maladies.

Si cette nouvelle peut relancer la polémique, car semblant donner raison à ceux qui diabolisent les jeux vidéo, Shekhar Saxena, qui dirige le département de santé mentale et des toxicomanies de l’OMS, ne prend pas position dans ce débat. En effet, il déclare à l’AFP, neutre, que « l’OMS ne dit pas que toute habitude de jouer aux jeux vidéo est pathologique ». Selon l’OMS, l’addiction est ici liée à une « perte de contrôle sur le jeu » ayant des « conséquences dommageables », comme l’abandon de « certaines activités », comme « le sommeil et le repas ».

Il ne s’agit donc pas ici de stigmatiser les jeux vidéo. D’ailleurs, de nombreux médecins pensent que les joueurs concernés sont poussés par d’autres raisons à ne s’intéresser qu’au jeu ; la dépendance serait alors un symptôme de leur maladie, et non la maladie elle-même.

Mais pour comprendre les enjeux de cette annonce, il faut déjà comprendre ce qu’elle signifie. Et l’OMS rappelle à ce sujet que son classement a pour objectif d’alerter les pays et de les aider à prendre des décisions sur « l’allocation de ressources pour la prévention et le traitement de la pathologie ». Ce qu’il faut donc comprendre, c’est que l’addiction aux jeux vidéo est en train de devenir un problème de société ! Ne sont pas concernés seulement quelques individus par-ci, par-là, mais bien une grande frange de la population mondiale !

Et si ce problème n’émerge que maintenant, c’est probablement parce que le milieu du jeu vidéo a grandement évolué ces dernières années. Les éditeurs ont en effet réussi à mettre en place des pratiques qui poussent les joueurs à jouer de plus en plus longtemps. Comme par exemple la progression aléatoire des personnages du jeu au fil du temps passé à jouer. Cette pratique commune à tous les jeux de rôles force littéralement le joueur à rester devant son écran pour pouvoir avancer dans le jeu. Ou encore la création de grands univers, dans lesquels le scénario n’est plus linéaire et laisse au joueur la possibilité d’explorer le monde. Ou encore, à l’inverse, rendre les cycles de jeu plus court et supprimer l’aspect scénaristique du jeu (comme ça pouvait être le cas dans les jeux d’arcades, où il fallait payer à chaque nouvelle partie).

Cette dernière pratique, notamment, est en adéquation avec l’évolution des supports eux-mêmes : désormais, une grande partie des jeux (et donc des joueurs) se trouvent sur des systèmes portables : smartphone ou tablette. Ce que ça signifie, c’est que tout un chacun peut avoir accès à un jeu en seulement quelques secondes, dès qu’un temps mort se présente dans la journée, car désormais, tout le monde vit avec son smartphone. Ce qui favorise les cycles courts de jeu.

Mais la question est probablement plus large que celle des jeux vidéo. Ne s’agirait-il pas, plus fondamentalement, d’une addiction à la technologie et aux écrans ? Pour mémoire, en 2014, même Manuel Valls (1er ministre) avait du interdire les téléphones portables lors du Conseil des Ministres2

Pour aller plus loin / Lien(s) utile(s)

Notes

1■ Le journal du geek : L’OMS reconnaît l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie

2■ Le Figaro : Les ministres privés de portable pendant le Conseil des Ministres

 

 

 

La science du coup de foudre

 

 

En 2017, des scientifiques ont réussi à observer et à générer le mécanisme amoureux chez des campagnols des prairies1. Avant de poursuivre, il faut savoir que cette espèce (Microtus ochrogaster) est curieusement un excellent choix pour modéliser le comportement amoureux humain. En effet, les campagnols nous ressemblent énormément sur le plan affectif : monogames mais ayant des interactions sexuelles hors couple, ils se montrent en effet agressifs en présence d’autres individus du même sexe et déprimés lors de la perte de leur partenaire. De plus, chez eux comme chez nous, le cortex préfrontal peut modifier le comportement des couches profondes du cerveau.

C’est ce qui se passe chez le campagnol… et donc probablement chez l’humain. Les neuroscientifiques de l’Université Emory (Atlanta) ont pu observer que le sentiment amoureux coïncide, dans le cerveau, avec la prise de contrôle du noyau accumbens par le cortex préfrontal. Autrement dit, par la mainmise du centre de la réflexion et de la décision sur le centre du plaisir. Ce serait donc l’intellect qui serait à l’origine du sentiment amoureux ! Et ce serait lui qui nous ferait percevoir comme une récompense la présence de notre partenaire à nos côtés.

Cette même équipe a pu le vérifier : après avoir introduit des gènes photosensibles dans certains neurones d’une femelle, ils l’ont mise dans une cage en présence d’un mâle inconnu (et en empêchant tout contact physique entre eux), puis ils ont activé les neurones du cortex préfrontal avec la fréquence déterminée lors de phases d’observation préalables à l’expérience. Ils ont ensuite placé la femelle dans un environnement contenant différents mâles : dans 10 cas sur 12 testés, la femelle a alors préféré le mâle choisi par les scientifiques.

Même si ces comportements ne sont pas directement transposables à l’homme (dont le cerveau est plus complexe), ils nous éclairent sur la manière dont nous fonctionnons. Et, potentiellement, cette connaissance peut nous aider à traiter des troubles comme l’autisme, qui correspond à une difficulté à créer des liens sociaux.

Aller plus loin

Notes
1■ Science et vie, août 2017, « Les secrets de l’amour enfin révélés »

 

DATAK, un jeu vidéo évolué sur la vie privée

Datak est un jeu vidéo gratuit en français, développé par la Radio Télévision Suisse, pour vous montrer différents enjeux sur la vie privée.

Ce jeu pour navigateur vous plonge dans la peau d’un stagiaire recruté dans une mairie. Datak a été actualisé pour tenir compte de l’actu, de la loi RGPD au scandale de Cambridge Analytica.

Vous avez donc 15 nouveaux défis autour des vols massifs de données mais aussi du Big Data, ainsi qu’un évitement de caméras de surveillance…
Vous pouvez télécharger le trailer ICI, et jouer à partir de là.

 

Le Big Brother français arrive

La reconnaissance faciale « intelligente » est annoncée comme une nécessité pour le ministère de l’Intérieur. Le modèle chinois de contrôle et surveillance de la population par des caméras et des algorithmes d’identification des personnes semble inspirer le gouvernement et l’administration française qui lance des expérimentations et des partenariats.

Le système peut identifier en temps réel avec exactitude le type de voiture, l’habillement, le sexe et même l’âge d’un passant… Ces informations sur les passants s’affichent automatiquement à l’écran. Quand il s’agit d’un criminel recherché, l’alarme du système se déclenche en montrant les données le concernant sur l’écran.

La France est l’un des pays champion des technologies numériques de surveillance.  Pionnier dans le domaine du « Deep packet inspection » (DPI, inspection profonde de paquets) grâce à sa recherche universitaire et des montages d’entreprises spécialisées dans l’exportation de ces systèmes à des dictatures, le pays de Victor Hugo a légiféré en cascade depuis plusieurs années pour autoriser les services de police et de renseignement à surveiller et capter les échanges numériques des citoyens de façon administrative, sans contrôle d’un juge d’instruction.

Le CNRS confirme

L’annonce récente par le CNRS de la signature d’une convention avec la Direction du renseignement militaire (DRM) confirme l’intérêt des services de l’Etat pour le développement d’intelligences artificielles de reconnaissance d’image.

« L’intelligence artificielle doit permettre, par exemple, de repérer dans la foule des individus au comportement bizarre.  »
Gérard Collomb dans son bilan « d’un an de maintien de l’ordre », le 8 juin 2018

Article complet sur tv5monde.

 

Ouverture d’une chaire de sciences des données au Collège de France

 

 

En janvier 2018, une chaire de Sciences des données a été ouverte au Collège de France par Stéphane Mallat, chercheur français qui avait mis au point en 1987 un algorithme à l’origine du futur format JPEG2000 avant de fonder une start-up produisant des puces électroniques pour TV qui permettaient d’améliorer la résolution de l’image (production d’un image haute résolution à partir d’un signal standard), puis de faire des recherches sur les algorithmes d’apprentissage profond pour des problèmes liés à la reconnaissance automatique d’images.

Dans une interview pour le journal La recherche1, il explique les raisons de la création de sa chaire au Collège de France et donne des indications sur le contenu des cours qu’il y donne.

Pour lui, il était important que le nom de sa chaire soit « Sciences des données » au pluriel, car il s’agit d’un champ de recherche multidisciplinaire. En effet, bien que les outils utilisés soient toujours les mêmes (mathématiques appliquées, informatique et IA, théorie de l’information etc.), les jeux de données traités concernent toutes sortes de sciences (physique, biologie, sciences cognitives, économie, sciences sociales, etc.). Or chacune de ces sciences ont leur propre manière d’aborder le problème des big data, ce qui fait des sciences des données un domaine massivement pluridisciplinaire. D’ailleurs, Stéphane Mallat soutient que l’émergence de cette discipline n’est pas due à une nécessité scientifique, mais plutôt à une pression sociale et universitaire, puisque ces méthodes sont tout simplement en train de révolutionner nos sociétés en profondeur (un peu comme les chaires d’informatique se sont imposées petit à petit dans les universités, cinquante ans plus tôt). En fait, cette pression est telle que Stéphane Mallat travaille actuellement à l’ouverture d’une autre chaire de sciences des données à l’Ecole Normale Supérieure. Du coup, comme le domaine commence tout juste à cristalliser, le principal objectif de sa chaire au Collège de France sera de créer un vocabulaire commun, utilisable par les tenants de toutes les disciplines scientifiques concernées, pour traiter des problèmes liés aux données de grande dimension. Autrement dit, de poser les bases de cette nouvelle science par la création d’un vocabulaire qui lui est propre.

Historiquement, si on veut comprendre d’où vient ce domaine émergent, c’est par les biais de l’accumulation des données (big data) et de l’augmentation de la puissance de calcul que les maths appliqués et l’informatique se sont rencontrés pour donner naissance au machine learning. Parce qu’historiquement, on a d’abord été capable de stocker un grand nombre de données, avant de savoir ce qu’on pourrait en faire. Globalement, les sciences des données sont utilisées pour atteindre deux types d’objectifs : la modélisation d’un jeu de données (pour générer des données nouvelles, compresser des données, reconstruire ou améliorer la qualité d’une image etc.) et la prédiction (qui consiste à donner du sens à un amas de données). Actuellement, les techniques à base de réseaux de neurones profonds fonctionnent bien pour ces utilisations, mais on comprend mal pourquoi. Il y a donc un domaine entier de recherche à ce niveau, qui devrait permettre de les rendre plus fiables pour les applications critiques comme la médecine (diagnostic médical) ou la conduite autonome. Les autres axes de recherche concernent la réduction du nombre de dimensions des problèmes en découvrant et utilisant des hiérarchies multi-échelles (observation des données à différentes échelles) et des symétries (invariances) dans les jeux de données traités.

 

 

Et du fait qu’on a d’une part des entrepôts de données et d’autre part tout un arsenal de maths appliquées à utiliser, l’une des particularités de ce domaine est qu’il est à la fois théorique et expérimental. Ce sont en effet, d’après Stéphane Mallat, des approches empiriques et des intuitions remarquables de plusieurs chercheurs et ingénieurs que sont nés les récents et foudroyants progrès que l’on connaît dans les techniques de reconnaissance visuelle et vocale, de traduction automatique ou encore dans les jeux de go ou des échecs. Et c’est pour lui la recherche expérimentale dans ce domaine qui fait émerger de nouveaux problèmes mathématiques ; et c’est donc pourquoi cette correspondance maths et application est au cœur de son cours.

Notes

1■ La recherche, février 2018

 

Le vote électronique par BLOCKCHAIN rend la démocratie plus transparente


 

C’est un article de  du blog CoinCentral (avec leur autorisation – traduit par nos soins).

 

Si, après un vote, il faut aller dépouiller les bulletins, c’est qu’il y a une raison. En fait, préserver l’anonymat des votants est la manière la plus simple de les protéger de diverses pressions et donc de garantir l’intégrité de leur vote. Et ça a été un problème pour mettre au point le vote électronique, parce qu’il est difficile de s’assurer de la validité des scrutins tout en conservant l’anonymat des votants. Or la technologie de la blockchain pourrait bien résoudre tous ces problèmes.

En fait, le vote par blockchain est déjà en train de changer certaines élections. Par exemple, actuellement, aux Etats-Unis, les militaires de la Virginie Occidentale en exercice outre-mer peuvent voter en utilisant leurs smartphones. Pour cela, une méthode alliant cryptage et enregistrement par blockchain permet de compter les votes. D’autres pays, comme le Brésil, le Danemark, la Corée du Sud ou la Suisse explorent également les possibilités qu’offre le vote par blockchain. Cependant, c’est l’Estonie qui est de loin le leader dans ce domaine. En effet, tous les Estoniens ont des cartes à identifiant unique qui leur permettent de voter simplement et de manière sécurisée, grâce à la technologie de la blockchain.

Digitaliser la partie la plus essentielle de la démocratie pourrait avoir de profondes et durables conséquences sur la forme dominante du mode de gouvernance actuel. Les citoyens pourraient prendre des décisions bien plus rapidement qu’avec les modes de scrutins traditionnels, et les référendums publics pourraient donc se généraliser. Par suite, la démocratie représentative pourrait bien être marginalisée par la démocratie « directe », s’appuyant sur la volonté du peuple, sans intermédiaire. Mais ce n’est pas tout : une autre conséquence serait qu’il deviendrait plus compliqué, voire impossible, de truquer les résultats d’une élection. Cet article s’intéresse au fonctionnement du vote électronique par blockchain et à ses implications sur le monde actuel.

Les bases du vote par blockchain

Le vote par blockchain est similaire au vote traditionnel que l’on connaît. Les mêmes concepts et processus s’y appliquent. Pour voter électroniquement, un citoyen devrait préalablement s’enregistrer et prouver sa citoyenneté devant la juridiction compétente. On enregistrerait alors son identité et sa citoyenneté sur une blockchain, en les associant à sa clé d’identification.

Ensuite, le citoyen utiliserait un bulletin électronique pour voter. Dans la blockchain, le bulletin prendrait probablement la forme d’un jeton spécial qui serait déposé sur son compte utilisateur. Ce jeton aurait aussi probablement une durée de vie limitée, au cours de laquelle le citoyen pourrait voter. Et une fois sa durée de vie dépassée, il serait détruit ou rendu inutilisable.

Voter en utilisant la blockchain reviendrait alors à envoyer son jeton à une adresse électronique spécifique représentant le candidat ou l’option du référendum soutenu. Les votants seraient informés de ces adresses avant le vote.

Techniquement parlant, ça semble plutôt simple. Le vote est enregistré sur une blockchain, et le mécanisme de la blockchain le rend immuable, vérifiable et transparent. On peut facilement compter les voix pour déclarer un vainqueur à l’élection. En plus, on peut construire des interfaces utilisateur intelligentes qui automatiseraient l’envoi du jeton et masqueraient la complexité informatique du processus à l’utilisateur : les votants ne verraient alors qu’une interface en ligne classique leur permettant de sélectionner un candidat et de voter pour lui d’un simple clic sur un bouton.

Vérifier l’identité des votants

Si cette première explication semblait simple et que vous vous demandiez pourquoi on ne vote pas déjà en utilisant des blockchains, c’est parce qu’en fait, c’est bien plus compliqué que ça. Il y a des tas de problèmes qui doivent d’abord trouver des solutions.

L’un des problèmes majeurs est la vérification de l’identité du votant. Pour que le vote par blockchain marche, on a besoin d’un système empêchant les personnes de voter plusieurs fois ou de voter à une élection à laquelle ils n’ont pas le droit de participer. Ca devient compliqué à gérer avec un système à base de blockchains parce que la vérification de la citoyenneté ou du lieu de résidence revient à une autorité centrale.

Une solution à base de blockchain reposerait sur la délivrance par l’utilisateur d’un scan de son passeport ou de son permis de conduire. Son identité pourrait alors être reliée à un appareil mobile par l’utilisation d’un mot de passe et un système de double authentification ou un système d’identification biométrique (comme une empreinte digitale). L’idée, c’est de vérifier que l’identité de la personne présentée sur les documents soumis est bien celle de l’utilisateur de l’ordinateur ou du smartphone utilisé pour voter.

Conserver l’anonymat et le bulletin secret

Une fois qu’on a vérifié l’identité et le droit de vote du votant, il faut encore la séparer du bulletin de vote lui-même. En effet, le bulletin secret est l’une des clés de la démocratie. Pour empêcher toute influence sur le vote, personne ne doit pouvoir savoir comment un autre a voté.

Avec le vote par blockchain, le bulletin enregistré sur la blockchain ne devrait donc pas permettre d’identifier le votant. Ca signifie que l’information sur le votant doit être cachée. Il y a différentes manières d’obtenir ce résultat, comme l’utilisation de preuve à divulgation nulle de connaissance, les signatures de cercle ou encore diverses méthodes de cryptage. Chacune de ces options présente des avantages, des inconvénients et des défis techniques. En fait, la garantie de l’anonymat absolu et la vérification de l’identité du votant est le grand challenge du vote par blockchain.

Les experts en cybersécurité sont généralement d’accord pour dire que les blockchains ne peuvent pas être hackées (pour peu que le réseau soit bien dimensionné et que l’on utilise des algorithmes de consensus). Les preuves logiques et les statistiques indiquent qu’il devient extrêmement peu probable de compromettre un block une fois que le réseau l’a confirmé. Cependant, l’anonymat requis pour le vote est plus difficile à sécuriser et à garantir.

Conséquences possibles

Le vote par blockchain peut avoir de grandes conséquences dans l’avenir s’il gagne en popularité et devient facilement utilisable pour les citoyens. Il pourrait alors bien changer fondamentalement le fonctionnement des démocraties.

1. Plus grande transparence du processus de vote

Le plus grand intérêt de la blockchain réside dans la transparence totale du processus de vote qu’elle offre. Pour l’instant, une fois que vous avez jeté votre bulletin dans l’urne, vous ne savez pas vraiment ce qu’il devient. Vous êtes obligés de faire confiance à ceux qui s’occupent du dépouillement. Mais vous n’avez aucun moyen d’être sûr que votre bulletin a bien été compté.

Avec le vote par blockchain, vous devriez pouvoir suivre à la trace votre bulletin et voir dans la blockchain qu’il a atterrit à la bonne adresse (et donc qu’il sera utilisé dans le décompte final). Même si votre identité n’y est pas attachée, votre bulletin sera présent dans la blockchain et y restera inscrit indéfiniment.

2. Plus grande difficulté à frauder et à truquer les élections

Un effet secondaire de l’augmentation de la transparence est la réduction de la fraude. La vérification de l’identité enregistrée sur une blockchain rend plus difficile de tricher ou de voter à une élection où l’on n’était pas électeur. De plus, dans les pays où les dictateurs truquent les élections, le mécanisme de la blockchain pourrait ramener la vraie démocratie. Bien sûr, initier un système de vote par blockchain requiérerait un accord de la part du gouvernement en place. Mais, avec le temps, le vote par blockchain pourrait devenir un standard international, préconisée dans toutes les nations par la communauté mondiale.

3. Le vote quotidien en temps réel

Si la blockchain rend le vote transparent, alors il devient possible de suivre et de compter les votes en temps réel. Ca signifie que les élections dureraient bien moins longtemps que dans le système traditionnel. De plus, si elles sont numériques, elles demanderaient moins d’investissement en termes d’infrastructures. En conséquence, il deviendrait possible d’organiser rapidement un référendum.

Ca pourrait complètement changer notre vie de tous les jours. Imaginez si vous pouviez voter sur votre téléphone pour les modes de circulation à favoriser dans votre ville, ou pour choisir s’il faut augmenter les impôts pour créer un nouvel espace vert. Voter pourrait devenir une seconde nature, même pour résoudre les problèmes de voisinage. Ca semble un peu fou d’imaginer qu’on pourrait voter plus souvent, voir tous les jours.

4. Gouvernance d’entreprise et organisations autonomes

Les gouvernements ne sont pas les seules institutions qui pourraient bénéficier du vote par blockchain. Les employés ou les actionnaires d’une entreprise pourraient tout aussi bien voter ainsi pour promouvoir une initiative. Il deviendrait même possible d’imaginer des entreprises sans patron, dans lesquelles chaque décision serait mue par un vote des actionnaires.

5. Augmenter le taux de vote

Un gros avantage du vote par blockchain serait d’augmenter le taux de vote. Si la blockchain rend le vote électronique possible depuis un smarphone ou un ordinateur, voter devient aussi simple que de s’authentifier sur un site et de cliquer sur un bouton. Ca augmenterait probablement drastiquement le taux de vote aux élections, et rendrait donc notre société plus démocratique. D’un autre côté, ça pourrait aussi finir par lasser les gens et leur faire réaliser qu’ils aimaient bien élire des représentants qui s’occupaient des affaires politiques pour eux.

Conclusion

Le vote par blockchain n’est pas encore parfait et n’est pas tout à fait prêt pour être utilisé tout de suite. Cela dit, il produira probablement un changement massif de la démocratie quand il deviendra opérationnel. Rendant le vote plus simple et plus transparent, il augmentera l’engagement électoral. Il pourrait aussi nous rappeler pourquoi les représentants existent, pour penser à la politique en permanence et prendre des décisions raisonnées sur les affaires auxquelles les citoyens n’ont pas le temps de réfléchir. Un vote plus simple pourrait signifier des élections et des référendums plus fréquents. Rien que ça pourrait être un grand changement pour la démocratie.

 
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Le type dans la pub, c’est vous !


QUOI

Etrange cette pub pour voiture, non ?

On ne comprend pas bien ce qu’elle nous vend, sinon son conducteur : jeune, beau, cool, séduisant, libre… On ne voit quasiment pas la voiture, en fait. Ni vraiment le prix, d’ailleurs. Juste le conducteur. Et si le conducteur, c’était vous ?

COMMENT

René Girard, philosophe français, met au point dans les années 60 une théorie du désir mimétique1. Dans les développements qu’il donnera à sa théorie, il expliquera un certain nombre de phénomènes de société (le désir, la jalousie, la violence, la religion etc.) par le simple besoin qu’a une personne d’imiter celles qu’il a en face de lui. René Girard a effectivement cette intuition fondamentale que l’homme cherche systématiquement à imiter l’homme, que nos comportements sont directement conditionnés par ceux de nos voisins directs. Ainsi, pour peu que l’on voie quelqu’un manger des chips, instantanément, on va se mettre à saliver ! Telle est la théorie de René Girard.

POURQUOI

Ce qui est intéressant, c’est que 30 ans plus tard, sa théorie qui, entretemps, l’a rendu célèbre, est confirmée par les neurosciences (au moins dans son principe premier). En effet, dans les années 1990, une équipe de chercheurs italiens identifie chez le singe des neurones dits « miroirs »2.

Les neurones miroirs sont des neurones moteurs, c’est-à-dire des neurones jouant un rôle dans l’activation des muscles du corps. Cependant, ce sont des neurones moteurs particuliers : ils s’activent bien sûr lorsque notre corps effectue une activité physique, mais ils sont également actifs lorsque nous nous imaginons effectuer cette activité, ou encore lorsque quelqu’un l’effectue devant nous3 ! D’où le terme de « neurone miroir » : il agit en reflet de ce que l’on voit, et de fait, nous devenons, partiellement, la personne que l’on a en face de nous lorsque nous la regardons.

Des neurones miroirs ont été observés par la suite chez l’humain en 20103.

QU’EST-CE QU’ON PEUT EN FAIRE

D’un point de vue de l’évolution, ces neurones ont bien sûr eu un effet déterminant : ils permettent l’identification à l’autre, donc la cohésion du groupe, mais également l’apprentissage, le développement d’une culture commune etc. Bref, il convient de lire René Girard ou ses élèves pour avoir un aperçu de toutes les conséquences de l’existence des neurones miroirs chez l’homme.

Mais il est un point qui nous intéresse particulièrement ici, c’est celui de la communication. Dans ce domaine, un certain nombre de problématiques sont liées aux neurones miroirs :

  • celle de la normalisation : plus il y a de personnes utilisant un produit, plus il y en aura dans l’avenir; il y a ici une application au domaine des marques ;
  • celle du choix du média : toute la thèse de McLuhan tourne autour de la manière dont les qualités techniques des médias modèlent les sociétés. Cette réflexion est étroitement liée à l’existence des neurones miroirs ;
  • celle de la publicité, que nous allons développer brièvement dans la fin de cet article.

De nos jours, il n’est plus nécessaire d’avoir quelqu’un en face de nous pour activer nos neurones miroirs : il suffit de s’installer devant notre téléviseur ! Ou de lire le journal, ou d’écouter la radio ! A notre ère connectée, nous ne sommes plus jamais vraiment seuls dans notre tête. Ce qui nous amène au domaine de la publicité. La publicité ne s’adresse jamais vraiment à votre conscience : dans la plupart des pubs, il n’est jamais question des spécificités techniques des produits qui vous sont vendus. Pour vous vendre des produits, on vous montre simplement des personnes en train de les utiliser ! Et ça marche ! D’où l’adage : « Il n’y a pas de bonne et de mauvaise publicité. Une publicité qui existe est toujours bonne. » Par les neurones miroirs, vous allez inconsciemment vivre en partie l’expérience décrite par la pub, avec toutes ses flatteries (ego, sensations, etc).

L’aspect très fort de cette possibilité, c’est que dans la nature (ou dans une société peu « technologisée »), lorsque la personne en face de vous fait quelque chose, elle le fait pour une raison très précise, et c’est donc tout naturellement que la nature a mis en place les neurones miroirs, pour que vous puissiez apprendre à reproduire les bons gestes, ceux qui permettent la survie ou le développement d’une vie saine, sans avoir à refaire les expériences (coûteuses, et parfois mortelles) de vos ancêtres ayant mis ces gestes au point.

Le truc pervers maintenant, c’est que, quand vous regardez votre écran de télé, vous n’avez pas en face de vous quelqu’un de réel, ce n’est pas une scène de la vie courante qui se déroule sous vos yeux : il s’agit d’un acteur agissant dans le simple but d’être vu par vous-mêmes, et d’induire chez vous un comportement, avant de reprendre sa vie normale, un comportement normal, qui n’aura rien à voir avec celui qu’il vous aura inculqué. Et le comportement inculqué peut évidemment n’avoir rien de louable…

Donc oui, quelque part, le type, dans la pub, c’est vous. L’ironie, c’est qu’il n’est pas lui-même !

Pour aller plus loin / Liens utile(s)

Notes

1■ Article Wikipédia sur René Girard

2■ Article Science et Avenir sur les neurones miroirs

3■ Article Wikipédia sur les neurones miroirs

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