Le robot vivant


QUOI

Nous arrivons désormais à piloter une libellule vivante en connectant sur son système nerveux un dispositif électronique qu’elle embarque avec elle.

POURQUOI

Je suis tombé il y a quelques temps sur un article1 qui m’avait marqué. Je m’étais dit alors : « Tiens ! dans la grande famille des nouvelles technologies à l’interface entre le vivant et la machine, voici un nouveau venu ! ». L’idée de base est de télécommander une libellule. Une… vraie ?! (« Non mais allô, quoi, t’es une libellule et tu voles pas où tu veux ? »). Les objectifs affichés par la société Draper, à l’origine du projet avec le Howard Hugues Medical Institute, sont la participation à des opérations de surveillance, le transport de charges légères et la pollinisation des cultures.

COMMENT

Bref, le fonctionnement du bidule volant s’appuie sur trois technologies distinctes :

1) la manipulation génétique : effectivement, la libellule asservie n’est pas simplement capturée dans la nature : elle est aussi « modifiée » : en modifiant son génome, on rend sensibles à la lumière les neurones responsables de l’activation des muscles des ailes ;

2) on fixe sur la libellule un dispositif qui va générer des flash lumineux à la demande (et à distance), actionnant les neurones « modifiés » et donc les ailes, faisant se déplacer la libellule là où on le souhaite ;

3) il faut une source d’énergie pour activer les flashs lumineux : on embarque donc des mini-panneaux solaires sur le dos de la libellule, qui produiront l’électricité nécessaire au fonctionnement de la partie électronique de la « libellule augmentée ».

Ce projet m’ayant intrigué, j’ai fait quelques recherches complémentaires et il s’avère que celui-ci n’est pas isolé : d’autres tentatives identiques sont d’ores et déjà dans les tuyaux. Notamment : un cafard piloté par impulsion électrique sur ses antennes (projet de la Darpa)2, un scarabé piloté en vol en implantant des électrodes sur son système nerveux3. Et sûrement bien d’autres encore ! (déjà dans les bacs ou à venir…).

Ces projets font intervenir de nombreuses connaissances dans des domaines très complexes et éclectiques : la physique du vol de l’insecte, le fonctionnement biomécanique en œuvre dans ce vol, le fonctionnement du système nerveux de l’insecte (quels neurones activer et quels signaux envoyer pour actionner les muscles désirés), la conception d’un matériel électronique embarqué miniature et autonome énergétiquement, et enfin, pour le projet de la libellule du moins, la programmation génétique. Rien que ça !! Impressionnant.

CE QU’ON PEUT EN FAIRE

Mais tout ça pour quoi, me direz-vous ? Eh bien, comme énoncé ci-dessus, des objectifs militaires principalement (surveillance, reconnaissance…), d’autres éventuellement industriels (transport de charges légères), mais aussi des trucs beaucoup plus cool (comme la pollinisation). On peut bien sûr imaginer plein d’autres choses encore (attaque coordonnée d’essaims de guêpes, étude de colonies d’insectes etc.) voire des opérations de plus grande envergure à terme, qui se passent de l’intervention humaine. On pourrait programmer des insectes (ou des nuées d’insectes) à réagir automatiquement de manière non-naturelle (c’est à dire comme on le souhaite, sans aucune limite autre que l’imagination du programmeur) à un évènement particulier, voir même à son environnement de manière générale. On voit donc qu’on pourrait continuer comme ça longtemps, à essayer d’énumérer de manière exhaustive toutes les possibilités offertes par ces nouvelles recherches, celles-ci étant pratiquement infinies. Le plus important dans cette histoire, d’après moi, c’est le proof of concept : on est désormais capable d’asservir mécaniquement un être vivant, de lui enlever son libre-arbitre ! Alors, d’accord, c’est des insectes. Et c’est déjà assez compliqué comme ça d’avoir une connaissance systématique de l’influence de leur environnement sur leur comportement, de leur fonctionnement biomécanique, neurologique et génétique. Néanmoins, on peut imaginer… pourrait-on à terme télécommander, je ne sais pas, moi… un lézard ? Une souris ? Un chat ? Aller, un homme ?

C’est sûrement pour dans longtemps, mais des humains sont certainement assez tordus pour essayer de développer ça un jour…

Oh, au fait, le stockage centralisé et l’étude statistique de toutes les informations sur votre vie privée4 et bio-médicale5, ça ne vous rappelle rien ?

Montage photo d’une scène du film « Le 5ème élément » (Besson, 1997); un cafard télécommandé espionne le président des Etats-Unis.

Pour aller plus loin

 

Notes

1■ Science et avenir, mars 2017; un article plus poussé sur le sujet est également disponible à l’adresse suivante: http://www.futura-sciences.com/tech/actualites/robotique-libellule-transformee-insecte-cyborg-telecommande-41095/

2■ http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/09/07/01008-20120907ARTFIG00514-un-cafard-vivant-pilote-comme-un-robot.php

3■ http://www.usine-digitale.fr/article/quand-le-scarabee-se-pilote-comme-un-drone.N320315 ;

4■ par le suivi de votre activité sur internet

5■ par le biais des applications sportives de votre smartphone ou de votre montre connectée

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